Préliminaires, contrôle médicale et thermomètres

Originellement publié dans Offensive n°32 Libération sexuelle Décembre 2011 sous le titre “Si je veux, quand je veux”

S’il y a bien une notion essentielle à la liberté sexuelle et procréatrice, c’est celle de choix. Le choix de: si, quand, avec qui et comment l’on a des rapports sexuels et le choix de : si, quand, avec qui et comment l’on intègre un jeune humain dans sa vie. Avoir le choix implique, non seulement de ne pas y être contraint-e-s, d’avoir accès aux moyens contraceptifs et abortifs, mais aussi de pas être depuis le berceau imprégnés par une idéologie réduisant les choix socialement acceptables. On ne peut pas dire que ce soit le cas à l’heure actuelle.

Procréer est souvent présenté comme un passage obligatoire, une fatalité de la vie; un fait de nature. Pourtant”l’espèce humaine est relativement infertile..”1 et le seul acte fécondant, le coït n’est pas le seul acte sexuel possible, ni le seul procurant du plaisir. D’ailleurs, pour une part non négligeable de femmes, il n’en procure que peu ou pas. C’est donc tout un dispositif social, idéologique et parfois de contraintes physiques et psychiques qui sont nécessaires pour que le risque de grossesse soit si présent dans la vie des femmes.

On peut ainsi analyser l’interdit, la répression ou du moins le manque de reconnaissance et de médiatisation des formes de sexualité homosexuelle, masturbatoire, hétérosexuelle non-coïtale ou survenant hors des périodes de fécondité (enfance et vieillesse) comme l’un de moyens de canaliser la sexualité vers la seule forme reproductrice. Avoir des rapports coïtaux semble donc souvent loin d’être un choix: lors d’un rapport hétérosexuel le sentiment de ne pas “l’avoir fait” tant qu’il n’y a pas eu de pénétration vaginale est répandu, les autres pratiques étant considérées comme de simples “préliminaires” et beaucoup se considèrent et/ou sont considérés “vierges” s’ils n’ont eu que des relations anales, manuelles, orales ou autres. Dans ce contexte, la contraception est l’artifice salvateur, permettant(“enfin!”) le «contrôle des naissances». Cette dernière expression est employée comme synonyme de limitation des naissances alors que celle-ci n’est que l’une des modalités de ce contrôle, dont une partie provoque au contraire leurs amplification2. Parallèlement, et toujours sous l’effet de la contrainte à la reproduction, la contraception est souvent acceptée comme un moyen de choisir quand l’on a un enfant, mais pas si. Ainsi certaines méthodes, comme la stérilisation ou parfois le dispositif intra-utérin (considéré à tort comme pouvant rendre stérile3) sont refusées à des personnes sans enfant4. Ceci illustre également l’une des autres manières par lesquels les droit reproductifs sont réduits, soit le contrôle médical.

La contraception et l’avortement ont été (re-)légalisés dans un contexte où les premières étaient distribuées (depuis peu) et les deuxièmes pratiqués illégalement, et malgré la résistance de nombreux des médecins à leurs pratiques (principalement de l’avortement), les légaliser représentait un moyen de gagner du contrôle sur elles. En effet, nous sommes loin de “la liberté de l’avortement et de la contraception”: en France, l’avortement est illégal au-delà de 3 mois sauf dans le cas où la vie de la femme ou du fœtus est directement en danger (et ce sont les médecins qui jugent ce qui constitue un “danger”) et s’il est pratiqué en dehors d’un cadre médical. Les femmes souhaitant le pratiquer au delà du délais légal doivent donc se rendre à l’étranger où la prestation ne leur est pas remboursée. Quant aux méthodes contraceptives, en dehors des préservatifs, elles ne sont disponibles que dans le cadre d’une consultation dans le cabinet d’un médecin, d’un gynécologue ou d’un consultant du planning familial et les praticien.ne.s ont souvent tendance à prescrire la méthode qu’illes considèrent la plus adaptée de façon générique ou qu’illes connaissent et apprécient le mieux, souvent celles dont les laboratoires pharmaceutiques ont le plus vanté les mérites. Pour les personnes n’ayant pas la couverture sociale adaptée, elles peuvent coûter cher. Par ailleurs, les
contraceptifs posent les mêmes questions que bien des médicaments ou produits pharmaceutiques concernant les conditions et les conséquences de leurs productions, ainsi que leurs effets indésirables ou leurs risques potentiels, ces derniers étant souvent niés ou dé-dramatisés.

C’est en réaction à l’emprise médicale sur les corps des femmes que le mouvement de self -help féministe est né et perdure encore aujourd’hui. Le 13 octobre de cette année, a été publié aux Etats-Unis la neuvième édition de “Our bodies ourselves” écrit en 1970 par le Boston Women’s Health collective5, un collectif comme de nombreux autres dans le pays et de par le monde qui regroupent des femmes cherchant à gagner du pouvoir sur leur corps. Cela peut passer, par exemple, par l’étude de leurs cycles menstruels, l’observation de leur vulve, de leur vagin et de leur utérus, l’utilisation des spéculums ainsi que des outils pour pratiquer des avortements par aspiration, voire par l’expérimentation de plantes, massages, exercices et autres méthodes douces pouvant provoquer l’avortement. Le monopole médical sur la contraception et l’avortement est souvent justifié par des mesures de sécurité, pourtant entre 1969 et 1973 ans le Jane Collective à Chicago a pratiqué plus de onze mille avortements de premier et de deuxième trimestre sans plus de complications que dans les structures médicales actuelles6. Les femmes dans ces collectifs gagnaient non seulement le pouvoir qui peut découler de comprendre son corps et d’en prendre soin, mais aussi celui qui vient de la solidarité et des liens entre opprimées. Ces derniers n’étant pas permis par les structures actuelles, où les consultations se font toujours en tête à tête entre la patiente ou le couple et la/le praticien.ne. La (re-)création de tels groupes en France pourrait être bénéfique, notamment pour celles qui souhaitent gagner de l’autonomie dans le domaine de la santé, partager leurs expériences avec d’autres femmes ou trouver du soutien dans la pratique de forme marginalisées de sexualité et/ ou de contraception.

Pratiquement, en matière de contraceptifs, les options non hormonales sont nombreuses. Le DIU en cuivre (0,8% d’échec7) nécessite une intervention médicale et il peut être difficile de trouver un.e gynécologue prêt à l’insérer si l’on est sans enfant; il a pourtant l’extrême avantage de pouvoir être inséré comme contraception d’urgence. Existe également les méthodes barrières, soit les préservatifs féminins (5% d’échecs) et masculins (3% d’échecs), le diaphragme (6% d’échecs) et la cape cervicale (9% d’échecs) , ces deux derniers pouvant être difficile à se procurer, particulièrement sans frais, mais c’est le cas dans certains plannings. Ils sont plus efficaces avec des spermicides, qui peuvent être acheté en pharmacie ou fabriqué maison. Parmi les méthodes “naturelles”, on trouve le coït interrompu (4% d’échec) qui a l’avantage de pouvoir être utilisé lorsqu’aucune autre méthode n’est disponible, mais présente le majeur inconvénient de nécessiter un bon contrôle de l’éjaculation, qui ne doit pas non plus avoir lieu sur la vulve.8 Sa pratique peut aussi participer à rendre l’éjaculation et la pénétration moins centrales lors du rapport. Et enfin la méthode sympto-thermique (2%) ou méthode des indices combinés consiste à étudier quotidiennement la glaire, le col de l’utérus et la température afin d’établir si l’ovulation a lieu. Pendant la période considérée fertile, on emploiera des méthodes barrières ou on pratiquera d’autres formes de sexualité (en évitant tout contact entre le sperme et la vulve). Contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas nécessaire d’avoir des cycles réguliers (cette méthode est souvent confondue avec la méthode du calendrier qui consiste à noter la date des règles sur un calendrier pour évaluer la date de l’ovulation, et n’a donc rien à voir avec l’étude des signes tangibles donnés par le corps), ni d’avoir un partenaire stable pour la pratiquer, mais elle peut encourager une meilleure communication et collaboration avec le ou les partenaires. Certaines l’emploie uniquement comme pratique de santé, afin de pouvoir repérer aisément toute différence dans leurs secrétions, leurs cycles etc..Son apprentissage nécessite au moins la lecture d’un bon livre ou mieux encore l’accompagnement par des personnes expérimentées, par exemple au sein d’un groupe de self-help.

A lire:
“Avorter, histoire des luttes pour l’avortement de 1960 à aujourd’hui”, Collectif IVP, Tahin Party
“Mammelis, guide naturopathique à l’usage des femmes”, Rina Nissim, Mammamelis
“Vivre sa fertilité naturellement”Mylène Clichy et Stephan Técher, édition du Hêtre, 2011
Les sites de planning familiaux québécois (bien plus honnêtes concernant les méthodes de contraceptions autonomes que le français): http://www.fqpn.qc.ca/index.php http://www.sicsq.org/

1. "...Un exemple: une seule insémination artificielle chez la vache a 75% de probabilité d'être efficace, pour les femmes par contre il faut prévoir 3 à 4 cycles avec 3 inséminations chacun (réalisées en période fertile bien sûr) Pour l'espèce humaine, les probabilités de concevoir avec un seul coït sont donc limitées..." Paola Tabet, « Fertilité naturelle et reproduction forcée » in La construction sociale de l'inégalité des sexes, L'harmattan, 1998
2. Cette formulation n'est pas tout à fait satisfaisante non plus: elle suppose l'existence d'un nombre de naissances hors de tout contrôle, hors de toute intervention que l'on viendrait ensuite réduire ou augmenter
3.Il est simplement nécessaire de se protéger des IST car il pourrait empirer une infection pouvant elle causer la stérilité
4. Les lois autorisant toute personne majeure à choisir sa méthode contraceptives, y compris la stérilisation, étant contrebalancé par la clause de conscience des médecins et leur manque de formation. Évidemment, certaines personnes sont au contraire stériliser de force ou sans en être informé: c'était le cas dans les dom-tom avant même que la contraception soit légalisé, et c'est aujourd'hui souvent le cas pour les personnes handicapées.
5. En France, il n'a été publié que deux fois: en 1977 et 1987
6. On peut aussi s'interroger, comme dans le cas des drogues, sur le droit que prend l'état d'interdire des pratiques lorsqu'elles ne mettent en danger que celleux qui les exercent
7. Chiffres concernant l'utilisation parfaite de la méthode, issue d'une étude de l'OMS http://whqlibdoc.who.int/publications/2005/9242562661.pdf faite sur mille femmes aux Etats-Unis en 2004. Une nouvelle étude serait nécessaire....
8. Une deuxième pénétration après l’éjaculation est à éviter car les spermatozoïdes restés dans l’urètre peuvent s'écouler avec le liquide séminal.

 

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