Les cendres dans nos os (en l’honneur de ce qui va renaître)

Publié dans le Timult n°9, avril 2018

Bonjour chères lectrices, lecteurs,

Avant tout, merci d’être là. D’être là, à lire ces mots, et d’être là, sur terre, tout court. Merci d’être là, à te dévouer jour après jour à notre libération à tout.e.s. Merci tout particulièrement, à toi qui est folle.fou, traumatisé.e, neurodivergent.e, zèbre, génie, créature magique et pas tout à fait de ce monde, ta persistance à exister mérite d’être célébrée. Merci, car on a besoin de toi.

Je dois te parler de quelque chose qui remplit mon ventre de fantômes.

Un peu de contexte : il y a trois ans, j’ai publié dans cette revue un texte appelé Complètement toqué, qui parlait de la libération des personnes avec des dons dangereux/ maladies mentales/ détresses psychiques. A un moment j’écris : Si on rêvait vraiment il y aurait un grand lieu où on pourrait venir une semaine, un mois, un an, qui serait tenu par des survivant·es et des allié·es, où on pourrait bien bien manger, participer à des groupes de paroles, faire de la coécoute, du yoga, de la méditation, du yuki, de la magie, de l’autodéfense féministe et tous les autres trucs qui nous aident.

Je nous souhaite plus que tout de rester, de devenir vivant.e, de nous re-connecter à nos corps et à l’univers. Je le souhaite aux personnes blanches, je sais que c’est nécessaire pour notre libération à tout.e.s (la suprématie blanche est tellement nourri de la déconnexion du corps & des esprits). Je sens aussi en moi, fille métisse, le tourment de mes ancêtres, de tout ce qui a été détruit et interdit, volé et revendu. Je sens mon propre tourment, l’arduité de ma tâche pour retrouver mes savoirs et pratiques ancestrales, comme de remettre ensemble les pièces d’un puzzle brûlé.

Ce dont je te parle, chères lectrices/eurs c’est d’appropriation culturelle*, de destruction culturelle. Je te parle du cyclone colonial et de regarder en face les fantômes dans nos pratiques.  Je n’ai pas de réponses, seulement des questions qui peuplent mon cœur, et que je t’invite à prendre dans le tien.

Ashe.

Merci de m’avoir lu.e,

Ifé

*Je ne sais pas définir ces mots. Mais je vous recommande de lire: les petites notes sur l’appropriation culturelle sur le site de équimauve https://equimauves.wordpress.com. Il y a aussi le zine ‘cultural appropriation in spirituality’ qui est vraiment bien mais en anglais : https://witchesunionhall.wordpress.com/workshopzine/ . Et en français : vers une pratique féministe du yoga, sur le site : http://francoisestereo.com,et la voie du ki joyeux, sur https://www.yukido.fr. Je conseille aussi les livres de Leonora Miano : La saison de l’ombre et Tels des astres éteints.

2 réflexions au sujet de « Les cendres dans nos os (en l’honneur de ce qui va renaître) »

  1. Merci Ifé pour ce petit texte lu originalement dans Timult. Mais je trouve texte un peu mystérieux, et il part dans plein de directions 🙂

    Qu’en est-il de cette idée de « … il y aurait un grand lieu où on pourrait venir une semaine, un mois, un an, qui serait tenu par des survivant·es et des allié·es, où on pourrait bien bien manger, participer à des groupes de paroles, faire de la coécoute, du yoga, de la méditation, du yuki, de la magie, de l’autodéfense féministe et tous les autres trucs qui nous aident. »

    Moi, ça me parle à fond ! Mais j’ai du mal à comprendre si tu en as toujours envie ou pas.
    J’ai énormément lu d’articles autour de l’appropriation culturelle autour du yoga ces derniers mois / ans, et autant je me retrouve dans des trucs, autant certaines idées me parlent moins…
    L’article de François Stereo résume assez bien plein d’articles et de ressource diverses mais reste trop superficiel selon moi. Ces histoires sont vraiment complexes en tout cas, ça mériterait des discussions, pas que des lectures seul.e devant son écran ! Mais c’est clair que si un évènement s’organise autour de pratiques liées au yoga (je ne connais pas les autres pratiques / hormis l’autodéfense féministe qui ne me paraît pas concernée par ce sujet d’appropriation) il faut tenir en compte des origines du yoga, de son histoire, et du contexte dans lequel il a émergé et ne pas laisser filer l’héritage.
    Un site (et une personne !) que je trouve très intéressant.e (même si je n’aime pas le terme de « post yoga » qu’elle utilise): https://postyoga.wordpress.com/

  2. Merci pour ces mots et hâte de voir vivre un lieu ressource comme tu le décris…
    Merci pour l’énergie que tu mets dans ce blog, que je goûte savoureusement
    Marine

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