Archives pour la catégorie Folie

entrer en présence

J’aime pas faire la bise à des inconnues.

J’aime pas quand on me demande “comment ça va” quand c’est pas vraiment attendu ou possible de répondre la vérité.

Et je pense qu’on est beaucoup de personnes neurodivergentes ou folles à ressentir la même chose. Peut-être même des neurotypiques d’ailleurs.

Pourtant je le fais aussi, par réflexe ou pression sociale. Alors je me dis qu’il est temps de vraiment y réfléchir.

Pour la bise… Je crois que la fais pour signifier que je reconnais la présence de quelqu’un. Pour dire bonjour quoi, sauf que simplement dire bonjour ne suffit pas vraiment, ça parait distant, snob? Mais je crois que faire un signe, en souriant, en regardant la personne, en vrai ça peut être bien plus une réelle prise en compte de la personne que si on lui fait la bise automatiquement, vite fait.

Peut-être aussi que des fois on ne se sent pas de vraiment prendre compte, vraiment rentrer en présence de quelqu’un. Ya pas de façon de dire bonjour qui puisse remplacer cette absence.

Mes amies, quand je suis disponible, j’aime mieux leur faire des calins. Ou alors des bisous sur les joues.

En tout cas ça me semble loin d’être triviale, d’avoir un geste, un rituel pour reconnaître qu’on entre en présence de quelqu’un, et qu’on en sort… Ca m’intéresse de parler de ça, des façons dont on se sent accueilli, reconnu… Des façons dont on se sent snobé… De comment dealer avec le fait que l’énergie, l’envie ne soit juste pas là pour ça…

J’aimerais en parler plus avec les gens & me sentir moins obligé de contact de joue (j’allais dire joviale, mais non) au to ma tique.

 

“Ca va?”

Cette étrange question. On se la pose si souvent. Des fois on veut vraiment savoir. Des fois c’est un réflexe. Dur de savoir si elle est vraiment posé. Dur de savoir si on peut dire la vérité. Si souvent la vérité semble demander trop de syllabe, alors on ne l’a dit pas.

Mais même quand c’est un réflexe, je pense que y a toujours une recherche de connexion. C’est l’étape d’après la bise. On ne rentre seulement en présence, on rentre en attention, en échange.

Je ne vois pas si simplement une phrase qui serait mieux. Ce que je vois c’est dans quoi s’inscrit cette phrase. Dans on a pas assez de temps. Dans on est si seul.e. On veut se connecté mais on a aussi peur et puis de toute façon on a des trucs à faire. “Comment ça va? ” assis avec une tisane et du temps devant nous, ce n’est pas pareil que au téléphone quand on se capte pour organiser un truc et qu’on doit filer à un autre rendez vous. Ca veut pas dire qu’on ne veut pas vraiment savoir…

Mais pour celleux d’entre nous dont les réalités émotionnelles sont complexes et intenses et des fois tout simplement intenable, he bien cette question sonne un peu comme “Quelle est la météo sur Terre?”. Heu par où commencer… C’est juste pas une question auquel on peut répondre plusieurs fois par jour honnêtement.

Je me creuse la tête à la recherche de la question, de l’accroche, que j’aimerais entendre pour entamer l’échange en douceur plutôt que dans le chaos de me demander comment je vais.

Mais bien sûr il n’y en a pas une. C’est forcément situationnelle.

Ça pourrait être

t’es où?

tu fais quoi?

qu’est-ce qu’il s’est passé dans ta vie aujourd’hui?

t’as bu de l’eau récemment?

t’as mangé quoi à ton dernier repas?

t’as fais un rêve la nuit dernière?

c’est quoi la dernière musique que t’as écouté?

quel est le plus bel objet que t’as sous les yeux?

 

ÉVIDEMMENT!!! La solution à la bise et au “ca va” réflexe, c’est la créativité!! La bizzarerie!

Et si A CHAQUE FOIS qu’on voyait ou qu’on appelait un.e ami.e on le/la saluait d’une manière différente et on lui poser une question originale?

Peut-être pour oser faudrait qu’on en parle ensemble, qu’on se dise qu’on essaye ça. Et qu’on s’en voudra pas si on est trop fatigué et qu’on y arrive pas.

 

Guide Icarus: Les amies font le meilleur des remèdes

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Disponible en téléchargement sur ce blog,
la première édition en français de la brochure du Projet Icarus: Les amies font le meilleur des remèdes: guide pour créer des réseaux de soutien de santé mentale
Parue pour la première fois en 2008 et réédité en 2013, cette brochure a permis a des groupes affiliées à Icarus ou qui s’en inspire de naître partout dans le monde.

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On peut aussi la retrouver en plusieurs versions (couleur, noir et blanc, version originale) sur le site https://icarus.poivron.org

En espérant qu’elle vous inspirera et permettra à des groupes de se créer par chez nous! 🙂
les traducteurices (helo, pticarus, sisu)

ps: Il existe en français un autre guide d’Icarus,
Guide pour décrocher des psychotropes en réduisant les risques
ainsi qu’une petite brochure Traverser une crise

Vous pouvez les trouver, ainsi que Les amies sont le meilleur des remèdes, sur https://icarus.poivron.org

La théorie des cuillères

J’avais envie de faire connaître un super petit texte appelé “la théorie des petites cuillères” de Christine Miserandino, publié sur son site Butyoudontlooksick.com (Mais tu n’as pas l’air malade).

Dans ce texte, Christine est au restaurant avec une amie et lui explique à l’aide de cuillères comment c’est de vivre avec sa maladie (le lupus). Bien que ma maladie soit très différente de la sienne, je me retrouve carrément dans son histoire:

“(…) J’ai horreur de me sentir à part, de devoir choisir de rester à la maison, ou de ne pas faire les choses que je voudrais faire. Je voulais qu’elle ressente ma frustration. Je voulais qu’elle comprenne que tout ce que les autres font est facile, mais que pour moi, chaque chose est divisée en une multitude de petites tâches à accomplir. Je dois penser à la météo, à ma température, et la journée entière doit être planifiée avant même que je puisse attaquer la moindre tâche. Alors que les autres personnes peuvent faire les choses simplement, je dois attaquer et faire un plan, comme si j’étais une stratège planifiant une guerre. C’est dans cette façon de vivre que réside la différence entre être malade et être en santé. Il y a cette belle habileté de ne pas avoir à penser et pouvoir agir. Je m’ennuie de cette liberté. Je m’ennuie de ne pas avoir à compter mes « cuillères ». (…)”

Pour télécharger le texte: La-Theorie-des-cuilleres

(c’est)Complétement toqué (d’en arriver là)!

Publié dans Timult n°8 Septembre 2014

L’article est un peu dur à lire en ligne, je vais essayer de modifier ça vite, mais vous pouvez aussi le télécharger en PDF en cliquant là: completement-toque-timult8

L’ENFER DONT TU ES L’HERO.INE

Ça commence comme ça : t’es quelqu’un de très sensible, et il t’arrive un truc, un « traumatisme » comme ça s’appelle. Ton système arrive pas à gérer, alors tu bidouilles quelque chose pour que la vie reste supportable, quelque chose que tu faisais peut-être déjà des fois. Ça commence pas direct, ça prend même assez de temps pour que tu fasses pas forcément le lien. Mais un jour, tu vas dans un festival avec des gens qui sont pas sympa avec toi, et en rentrant tu passes un coup d’éponge sur ton sac à dos. Puis t’invites un type chez toi qui te drague et t’engueule quand tu refuses ses avances, et quand il se barre, tu te douches et changes de fringue. Pas grand chose quoi. Mais peu à peu, tout rentre dans cette logique, tu gères tout comme ça, faut que tu te douches avant d’aller dans ton lit et que tu touches rien entre les deux (t’as des chaussons spéciaux pour faire le trajet), tu laves l’étendage et le tour de la machine avant d’étendre tes vêtements, quand tu rentres chez toi de dehors tu laves tout : ton sac, ce qu’il y a dans ton sac, tes habits, y compris ton manteau et tes chaussures (autant dire que l’hiver tu sors pas beaucoup, et que t’as souvent froid parce que pour avoir chaud faudrait faire une machine par jour et que ça te prend jusqu’à 3h pour l’étendre)… Bref il faut absolument éviter le contact, la contamination, entre toi et tout ce qui te dérange dans le monde. Tes proches commencent à s’inquiéter, les potes te demandent si tu deviendrais pas folle pour de bon, ta mère te hurle d’aller te faire soigner. M’enfin ça va pas plus loin que ça. En plus comme t’arrives toujours à aller au travail (tu te laves quand tu rentres mais sur place rien n’y paraît), ça passe. Peu à peu tu renonces. Aux jeux de société, au tricot, au dessin, aux livres, au cinéma, au café, aux ami·es. Tu regardes de plus en plus la télé, parce que c’est encore l’activité qui demande le moins de toucher des trucs. À un moment, la souffrance que ça te provoque devient plus forte que le sentiment de protection que ça t’amène, et t’arrives à aller voir un psychiatre. Il te colle des médocs et te conseille d’aller voir un·e psychothérapeute comportementaliste (els commencent depuis peu à traiter les tocs[1], ce qui est déjà mieux que quand c’était même pas reconnu). Continue reading (c’est)Complétement toqué (d’en arriver là)!

Appel à contribution: Manuel d.i.yagnostic des dons dangereux

Pour une alternative au DSM: Un manuel d.i.yagnostic des dons dangereux communément appelés maladies mentales – fait par celles et ceux qui vivent avec

Pour contribuer ou si tu as des questions: manueldiyagnostic at poivron.org

L’idée de ce manuel est de réunir des textes et matériaux écrit par des gens qui se débattent avec des dons dangereux pour permettre de mieux comprendre ces derniers et de voir différent chemin pour les cultiver et les transformer.

Inclus ta réponse aux points ci dessous. Ta réponse peut être courte, même sous forme de liste pour les points 2 & 3. Si tu as des questions ou des problèmes concernant ces questions, n’hésite pas à m’écrire! Tu peux inclure des dessins, des photos etc (photos haute résolution et dessins au stylo noir).

1.  Le nom de ton dons dangereux. Trouve le nom qui te convient le mieux pour le nommer, qu’ils correspondent ou non à un diagnostic classique.

2.  Une description de ton don dangereux incluant ces caractéristiques spécifique/ « symptômes » (si tu le peux, inclus des caractéristiques positives)

3.  Une description des formes de traitement/ outils de guérison/transformation/ rétablissement  qui sont ou ont été pertinentes pour toi. Tu peux simplement parler de que tu as besoin de faire pour fonctionner dans une société où la folie est stigmatisée. Tu peux aussi expliquer quel pratiques de soin de toi sont importantes pour éviter des états extrêmes ou d’épuisement, comment tes amis, ta familles ou des professionnel peuvent t’aider, quels plantes/ nourriture/ médicaments/ drogues t’es utile..

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